Think different…

Quand j’avais neuf ans, j’avais des soucis à l’école. J’étais pas spécialement mauvais élève, mais j’avais du mal à me concentrer. À ne pas partir dans la Lune. Alors j’ai été voir une psy. Et elle a dit que j’étais surdoué. Et j’ai longtemps mis en doute ce…ce diagnostic. D’ailleurs on ne dit plus surdoué pour les enfants, on dit précoce. Mais je n’étais pas particulèrement précoce. Jamais sauté de classe (ces dernières années, j’ai même eu tendance à les repiquer…), pas marché ou parlé tellement plus tôt que la moyenne…

M’enfin, les bouquins que j’ai lu à ce sujet me correspondent plutôt bien alors…

Je suis surdoué donc. Mais je réfute le mot. Je ne suis pas surdoué. Je ne pense pas être plus intelligent que la moyenne. Dans mes mauvais moments j’ai même plutôt tendance à penser que je suis sacrément plus con que la moyenne. Non, je ne suis pas plus intelligent, je suis intelligent autrement.

Je ne fonctionne pas pareil dans ma tête. Un exemple: je me souviens de l’époque où j’apprenais les tables de multiplications. Je ne les apprenais pas, et quand on m’interrogeais et que je mettais dix ans à répondre, ça n’était pas parce que j’essayais désespérément de me rappeler de la réponse, mais parce que je la calculais. Bon, bien sûr, j’ai fini par les savoir. Quoique, pas vraiment. Juste en connaître quelques éléments qui accéléraient mon calcul. Plus tard au lycée, la même chose. Je n’apprenais pas mes théorèmes, sauf les plus élémentaires (Thalès, Pythagore…), je redémontrais mes résultats à chaque fois fois. Forcément, on perd du temps. Forcément, les notes s’en ressentent, parce qu’au lieu de cracher un théorème en deux secondes, tu perds dix minutes à le démontrer. Et ça s’accumule plusieurs fois par devoir. Qu’on n’a plus le temps de terminer. Et je ne comprenais pas pourquoi je n’arrivais pas à terminer mes devoirs surveillés. Et je pensais sincèrement que j’étais mauvais en maths. Ou en toutes ces matières (histoire, français, philo…) où il faut organiser sa pensée, parce que ma pensée, elle ne marche pas comme celle du prof, elle prend pas le même chemin, elle va pas à la même vitesse, et même moi j’arrive pas à la suivre.

Être surdoué, c’est l’enfer…

C’est l’enfer à l’école, parce que tu as beau travailler, tu ne fais pas les choses correctement. Trop de formalité. Pas assez proche du raisonnement développé par le prof en cours, mais que tu n’as pas trop écouté parce que tu étais déjà parvenu à la réponse. Par un autre chemin. Ou alors tu décroches. Tu décroches en cours parce que le prof passe des heures à expliquer aux autres ce que tu as déjà déduit par toi-même. Tu décroches et forcément, quand le prof donne des informations nouvelles, que tu n’as pas déjà déduites par toi même, que tu n’as pas lues ailleurs, à ce moment là tu n’écoutes plus. Tu n’écoutes plus et tu prend du retard. Et tu as tellement l’habitude de rêvasser et de te laisser distraire (ou de te concentrer sur autre chose) que tu n’arrives pas à te mettre au travail et tu accumules le retard. Ou alors tu arrêtes de travailler. Tu arrêtes parce que c’est trop facile et que de mobiliser ton esprit là dessus c’est chiant. Ne me comprend pas mal, ça n’est pas indigne ou quelque chose de ce goût là, c’est juste chiant, ennuyant, pas motivant. Et quand la côte arrive, qu’il faut pédaler pour arriver en haut du col, et ben ce jour là, tu as oublié comment on fait du vélo…

Parfois tu te rattrapes et tout va bien.

Parfois tu finis par décrocher complètement, tu arrêteras la matière à la première occasion (latin ou grec en fin de collège, spécialité à l’inscription au bac quand on en a l’opportunité). Et tu les accumules les échecs. Tu sais l’effet que ça fait à la confiance en soi ?

Être surdoué c’est l’enfer…

C’est l’enfer, parce que si seulement ça n’était comme ça qu’à l’école. Si seulement. Mais si ton raisonnement académique est différent, c’est parce que tu penses différent. Tu ressens différent. Tout le processus qui amène à la production de pensée, qu’il soit rationnel ou émotionnel, est différent. Des fois je ne dis pas, je ne pense pas différent, je pense foireux, cassé, pourri.

Et il y a cette empathie violente envers les autres. Elle est violente, elle t’agresse. Et tu ne sais pas gérer cet afflux d’émotions qui ne vient même pas de toi mais de tous ceux qui t’entourent. Tu ne sais pas le gérer. Et puis être surdoué, ça ne veut pas dire avoir du tact. Tu vois où je veux en venir ? La peur de la gaffe en permanence. C’est tellement envahissant que tu vire à la paranoïa, que tu finis par enfouir cette empathie au plus profond de toi. Tu la fais taire. À tel point que tu ne sais plus l’écouter quand tu as besoin d’elle, que tu finis par paraitre insensible alors que les sentiments te déchirent.

Tu marches tout le temps sur des œufs. Tu ne veux pas passer pour un abruti, ou un mouton, mais tu as peur de passer pour un connard pédant si tu ouvres la gueule et que tu dis ce que tu sais ou que tu penses. On en connait tous des connards pédants, et on préfèrerait tous crever que de leur ressembler. Enfin, peut être pas tous, mais moi si. Et puis il y a ces fois ou tu considères comme aquis que ton interlocuteur sait une chose X ou une autre Y parce que toi tu le sais, et que ça te semble tellement évident que tout le monde le sait que tu finis par en passer par un connard méprisant…

Tu sais pas gérer les gens, tu les comprends pas. Tu les ressens, mais tu comprends rien, queue dalle, pas l’ombre du début du commencement de quelque chose. À la limite de l’autisme. Et les vrais amis, ceux que tu arrives à comprendre, ceux là tu les comptes sur les doigts d’une seule main, et tu remercies la vie, ou le destin, ou Dieu, selon tes croyances, tu remercies ça, pour t’avoir permis de rester au contact suffisament longtemps pour réussir à établir cette relation.

J’entend des gens dire qu’ils aimeraient bien être surdoué, qu’ils en auraient pas autant chié à l’école, que leur boulot serait plus facile, que tout serait plus facile. Tu sais pas putain, tu sais pas l’enfer que c’est, tu sais pas comme je parfois je déteste ce que je vois plus comme une malédiction que comme une bénédiction, tu sais pas comme dans mes rêves les plus fous je suis dans la norme. L’herbe est toujours plus verte…


Au pays des Révolutionnaires Pyramidés

Une fois n’est pas coutume, je laisse la parole à un autre pour les considérations sans importance du jour.
C’est donc @_Maltese qui nous parle de l’Égypte…


Pour moi, les matins se suivent et se ressemblent. Je sais cela peut surprendre quand on sait où j’ai la chance de me réveiller tous les matins.. Pourtant c’est la cas, chaque matin je me lève, réveille généralement certains membres du groupe et commence à préparer le thé pendant que ceux ci font leurs premières prières de la journée. Thé à la menthe, aux épices?
Voilà la question qui rythme chaque début de journée. Puis vient la préparation des chameaux, je m’occupe de Gloria généralement en silence, loin des éclats de rire des bédouins proches.
Une fois Gloria prête il reste encore son propre équipement, bien tout prendre, emporter de la corde pour le côté sport de la chose, une pelle et un pic afin qu’aucun mur ne vous résiste. Et c’est parti pour une journée ordinaire!
Extraordinaire pour vous, sans extra pour moi. Bien sûr, je m’éblouis toujours de voir cette image chaque matin! Alors je prends des photos.
Je prends des photos quand je peux, quand je fais des pauses, si vous en vouliez plus, il aurait fallu compter sur mon guide, il doit faire plus de pauses dans une journée qu’un employé de la Poste. C’est un être exceptionnel mon guide! Je le crois issu d’un mélange entre un dromadaire et un paresseux. Pourtant Hassan El-Kaïm est tout ce qu’il y a de plus humain, il a un sens très limité de l’hygiène, crache et chante dès qu’il est sur un chameau. Sans oublier qu’il s’énerve à peine nous prononçons le nom d’Hosni Moubarak..
De toute façon, pour vous dire, dans cette équipe nous ressemblons plus à la Famille Adams qu’à l’équipe idéale d’aventuriers au charme ravageur.. A part peut être nos deux bédouins. Ces deux là sont en fait les propriétaires de nos chameaux ainsi que de bons amis à présent. Ils sont nos cuistots, nos chasseurs de bestioles non agréables, nos briquets humains. De vrais pros, prêts à défier le plus doué des Mc Gyver.  Cependant, je me dois d’ébrécher quelque peu leur réputation sans taches… Ils sont absolument insupportables quant au rangement du camp. Comme vous pouvez aisément l’imaginer, en tant qu’adepte de fouilles, j’en crée souvent moi même dans les pièces où je me trouve!
Mais enfin bon, ce n’est pas la Mer Rouge à boire! Je ne leur fait aucun reproche quant à la quantité de narguilés qu’ils préparent le soir devant le feu de camp. Chacun son rôle voyons!
Alors, me direz vous, le désert c’est aussi cela, fumer le soir, ou boire un thé, tout en s’installant confortablement au milieu de ces paysages en s’imaginant Lawrence d’Arabie..

Malheureusement je n’ai de Lawrence que le cheval et les doux songes libertaires,   en fait, je ne suis même pas de ceux qui rêvent au désert, non moi, le seul moment où je rêve, c’est lorsque j’entends le son retentissant de la pioche contre un mur sonnant creux. C’est que l’on arrive en face d’une chambre certaine qui cache cependant encore tous ses mystères, nous permettant encore pour quelques instants précieux de rêver.

Je me permets souvent d’allumer ma lampe torche en premier, afin de me  délecter de  cette attente, presque malsaine qui précède la découverte extraordinaire ou l’échec commun. On s’imagine en Howard Carter, voulant faire de la sépulture ouvrière cachée derrière, celle d’un Roi, juste par égocentrisme. On voudrait revivre des scènes incroyables de découvertes royales et aventureuses dans un décor étroit et envoûtant.
Puis l’on ouvre les yeux, on revient en présence de ce mur.. On le cogne, fébrilement d’abord, car le briser, reviendrait un peu à briser cet instant. Puis l’on se reprend et l’on donne des coups de plus en plus rapprochés et violents, puis c’est le choc. La dernière barrière entre la chambre et soi vient de s’écrouler à ses pieds.
Il ne reste plus que vous, vos amis derrière vous et ces deux inconnus devant. Deux personnes qui vont faire partie de votre aventure. Ces deux momies sont bien différentes. L’une est en parfait état. Elle intéressera tous les musées, elle y finira, et sera admirée. L’autre en revanche est fichue.. On rendra les ossements aux villageois les plus proches afin qu’ils les enterrent dignement. On passera encore de longues heures à recoller les morceaux perdus de ce sarcophage brisé. Il nous apportera plus de travail que l’autre, il vous fera suer. Mais il vous intéressera bien plus que celui intact. Le brisé n’aura pas dévoilé toute son histoire. Il ne s’est pas brisé tout seul. Qui l’a fait? Il relance le mystère et vous pose des problèmes, tout ce que quelqu’un peut attendre d’un tel travail.
Il est déjà l’heure de remonter, on emporte les trouvailles, on fait quelques photos ratées, on est heureux, on rigole presque seul, c’est aussi ça la magie des tombes…
On retourne à la surface près de son guide, de ses bédouins, de Gloria et de tous ces paysages que l’on apprécie un peu plus chaque jour.
Après tout, on y retournera,  on aura l’occasion de revoir des murs et qui sait… Peut être aussi un Roi, même si un Roi Maudit serait encore mieux! La prochaine fois, je compte bien trouver la sépulture de Twithankaton, pharaon baleineau de la  glorieuse dynastie perdue!

À l’image de Gloria, j’espère que vous aurez apprécié cet article et que vous voudrez entendre la suite. A très bientôt tous et merci de votre lecture! Gloria et ses amis vous font leur plus beau sourire pour l’occasion!


L’Origine du Monde est pornographique

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L‘Origine du Monde est un tableau du peintre Gustave Courbet, qui aurait été commandé en 1866 par un diplomate turc qui aimait les tableaux érotiques. Il s’agit d’une œuvre d’art magnifique je trouve, d’un érotisme puissant et dont le titre lui va assez bien.

Malgré tout, il n’en s’agit pas moins de pornographie. De la pornographie la plus pure, la plus excitante, la plus parfaite. Je m’explique.

Ce qui nous sépare ici est le sens que l’on donne au mot pornographie. Pornografie, was is es ? Le sens que l’on donne à la pornographie d’aujourd’hui n’est pas le même qu’on a pu lui donner par le passé. Aujourd’hui, on pense au gonzo, aux filles et aux mecs se prenant du foutre par tous les orifices. L’image d’une jeune femme en sous-vêtement est à peine considérée comme érotique.

Mais la pornographie ça n’est pas ça. La pornographie c’est la représentation de l’obscène, de ce qui choque. Le terme, de part son étymologie (πόρνη, prostituée; γράφω, qu’on traduit ici par représenter), est explicite sur sa connotation sexuelle. La pornographie, c’est la représentation du sexe. Mais elle ne s’applique pas qu’aux images, ou aux écrits: on a accusé en leurs temps les Beatles ou encore Elvis Presley de faire de la pornography. Et en toute sincérité, il suffit de lire leurs textes pour comprendre que le terme était justifié. Le déhanché d’Elvis Presley est lui aussi très érotique.

La pornograhie c’est donc la représentation du sexe de façon obscène. Mais qu’est-ce que l’obscénité, sinon une notion subjective ? La définition de la pornographie étant basée sur une notion subjective, on ne peut donc que se résigner, pour la définir objectivement, à la définir que comme la représentation du sexe, de la sexualité. Point. Il n’y a pas une sort d’échelle de représentation de la sexualité allant du neutre à l’érotisme et à la pornographie.

Le film rose du dimanche soir sûr M6 était pornographique. Pas du porno hard core, mais de la pornogaphie. Il y a de la belle pornogaphie, il y a de l’art pornographique, et puis il y a de la baise mécanique, du gonzo crade. Tout cela est pornographique.

On peut choisir de ne voir dans l’Origine du Monde qu’une chatte, poilue, une représentation sale et dégradante du sexe féminin et l’appeler pornographie en lui donnant le sens qu’on donne aujourd’hui à ce mot.

On peut au contraire y voir la beauté d’un con, la puissance érotique et subversive de la représentation du sexe féminin associé au nom du tableau: l’Origine du Monde. Et ce tableau mérite alors encore plus d’être qualifié de pornographique. Comme Presley en son temps. Comme Baudelaire et Apollinaire avant lui. Comme Sade encore avant.


Saveurs multiples

Où il sera question de ma peur du partage…

[Illustrations #NSFW]

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Le blues de la page noire.

Vous la connaissez tous: l’angoisse de la page blanche.

Certains parmi vous ne l’ont plus rencontrée depuis leur baccalauréat et les interminables dissertes de philo, de français, d’histoire-géo…

D’autres la rencontrent plus souvent: les journalistes, les blogueurs, tous ceux qu’on voudrait nous faire croire « influents », et, pire, tous ceux qui voudraient bien l’être, à coup de billets sponsorisés, à coup de tweets clash ravageurs, ils la connaissent tous.

Moi pas.

L’ange de la page blanche n’a plus déployé ses ailes sur moi depuis…depuis… Je ne sais même pas depuis quand je n’ai pas ressenti cette sensation que certains décrivent comme un vide désagréable. Je crois que je ne l’ai jamais ressentie. J’ai cette aisance avec les mots. J’arrive toujours à les utiliser à mon avantage. Quand j’en prend la peine ceci dit.

Moi je ne connais pas l’angoisse de la page blanche. J’ai la Peur de la page noire.

Elle me terrifie.

Je pense trop, trop vite, trop brouillon. Je n’arrive pas à organiser ma pensée. C’est le chaos qui règne en maître dans mon cortex cérébral. Le flot de mon inspiration est rapide, trop rapide. À tel point que je n’arrive pas à le suivre. Il part dans tous les sens, et mon écriture avec. Vous savez ce que disent certains auteurs: ils pensent à une phrase, et pendant qu’ils la mettent par écrit, il pensent à la suivante.

Moi, je vais tellement vite que le temps d’écrire la première phrase j’ai déjà oublié la suivante, emportée par la coulée de boue de mes pensée, qui inonde le village de mon texte. Si vous saviez combien de brouillons inachevés trainent sur mon bureau, dans mes pochettes, dans l’interface de mon blog. Combien de textes que j’espérais brillants, ou simplement intéressants, et qui n’iront pas jusqu’à la fin de leur gestation, avortés par une réflexion que je n’arrivais plus à suivre.

Combien de textes j’ai publié même, qui ne contenaient pas la moitié de ce que j’y voulais mettre, simplement parce que j’étais trop con pour réussir à suivre ma pensée correctement. Combien de textes j’ai dû amputer parce que je n’arrivais plus à coucher par écrit un raisonnement intéressant. Combien d’autres j’ai jeté à travers ma chambre en hurlant rageusement « C’est de la merde ! » parce que j’avais essayé, en vain, de réfléchir plus lentement.

Je n’ai pas peur de la page blanche.

Ce billet en est la preuve.


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