Le Top de la Décennie

Moi je lis souvent C’est La Gêne, et à C’est La Gêne ils aiment bien les classements, surtout en ce début de décennie ou ils aiment bien classer tous les trucs de la décennie passée.

Moi mon classement à moi que je vous propose, c’est rien de moins que le même genre de classement que celui de l’Arabe qui nous proposait, en gros, son Top 10 musical de la décennie. Et je dois avouer qu’il a bon goût. Quoique, mettre les Strokes à la première place…

Donc c’est parti, on y va, pour les dix meilleurs albums sortis entre le 1er janvier 2000 et le 31 décembre 2009

10. Mer de Noms (A Perfect Circle)

Sorti courant 2000, Mer De Noms est une pure tuerie. Très peu d’albums (toutes époques confondues) atteignent un tel niveau de qualité artistique. Mer De Noms, c’est un rock atmosphérique un peu lourd, flirtant avec le métal d’un Gathering ou le gothique lancinant d’un Type O Negative. En écoutant cet album, on est tout de suite transporté vers un autre univers, et Mer de Noms est un album qu’il est très difficile voire incongru d’utiliser en fond sonore. Cet album s’écoute pleinement. À une époque où peu de groupes tentent de prendre le chemin de la nouveauté, se contentant de ne prendre que la voie du déjà connu, déjà entendu, bien évidemment moins risquée sur un plan commercial, la perfection artistique de Mer de Noms est rafraichissante, voire rassurante: il y a encore des musiciens qui font de la musique pour la musique.

9. Down In The City (Houdini Roadshow)

Houdini Roadshow si tu veux c’est un petit groupe de rock allemand qui chante en anglais. C’est musclé, très musclé. Un peu comme si Motörhead lâchait ses guitares grasses pour revenir à un truc un peu plus sec et classique comme euh…le jeu d’un AC/DC d’avant 1980 mais que Lemmy continuait de bouffer son micro, tourné en direction du ciel, comme si le Seigneur en personne était devant lui et qu’il fallait chanter en son honneur. Voilà, Down In The City, c’est un peu tout ça et ça nique tout. Ça a failli ne pas le faire jusqu’à la neuvième place de ce que je considère comme les 10 meilleurs albums de la décennie. Et comme ça vient de Jamendo, ça peut se télécharger intégralement pour pas un rond en allant sur la page de l’album. Cet album est une révolution en soi, en ce fait qu’il fait partie de cette catégorie que l’on appelle la musique libre, qui est probablement la voie vers laquelle se tourne la musique. De plus en plus de musiciens, même célèbres (Nine Inch Nails, Radiohead…) se tournent vers ce mode de distribution qui, sans renier la propriété intellectuelle, se dirigent vers un modèle culturel où le fond (la musique et la chanson elle-même) serait gratuit et où la forme (un CD, un vinyle, un concert) serait payante. À suivre…

8. Speak For Yourself (Imogen Heap)

Bien avant Émilie Simon et son prétendu renouveau de la musique électronique, on avait Imogen Heap. Immi, comme les fans la surnomment, sort son premier album en 1998 et il a fallu attendre plus de huit ans pour voir arriver Speak For Yourself en 2006, qui est un petit épisode de blitzkrieg musical lui aussi. Nous autres fans attendions Imogen au tournant et inutile de dire qu’elle n’a déçu personne. La trame principale de cet album est assez douce, presque enfantine, rien avoir avec le relativement (par rapport au reste de sa disco) musclé Végétal d’Émilie S. par exemple. Mais ça n’est que la trame d’ensemble et on a régulièrement des pics d’adrénaline avec déchainement de percussions et de vocoder. Imogen Heap, vous la connaissez sûrement de toutes façons, c’est la voix (mais pas que) du groupe Frou Frou qui a, entre autres, repris le Holding Out For a Hero de Bonnie Tyler pour le générique de fin de Shrek 2. En 2009, le dernier album d’Immi, Ellipse, est sorti et sans être décevant non plus, il n’était pas à la hauteur de son prédécesseur.

7. Birdy Nam Nam (Birdy Nam Nam)

Le Quatuor Birdy Nam Nam s’est formé sur la base du Collectif Scratch Action Hero, qui avait été deux fois (1999 et 2001) troisième aux championnats du monde des DJ’s du concours DMC. Le Groupe se forme pour les championnats 2002 avec pour objectif principal d’être premier cette fois ci et deinez quoi ? Pari réussi ! Birdy Nam Nam c’est quatre DJ’s qui utilisent leurs platines et des samples issus de disques vinyles pour faire de la musique. Je me répète je me répète, mais c’est une tuerie. Je vais changer un peu: c’est énormissime. Leur premier album, sobrement intitulé Birdy Nam Nam, comme eux, est un vrai Medley fourre-tout sans lien apparent. On a de rares titres dancefloor (pour ça, leur dernier album, Manual For Successful Rioting, sorti en 2009, serait plus efficace), quelques titres Jazzy, des machins un peu lounge, mais surtout, surtout, on a le chef d’œuvre Abbesses ! Comme toujours avec un morceau instrumental, on peut voir beaucoup de choses, mais je vous jure que pour un voyage dans le métro parisien, je ne prendrais aucune autre bande son… Birdy Nam Nam a remis les différentes techniques de Turntablism au goût du jour et surtout, à vraiment changé l’aspect de la musique électronique en France.

6. Murray Street (Sonic Youth)

Sorti en 2002, Murray Street est un album très très soft comparé au reste de la production du groupe. On pourrait presque dire « pisse froid » à la première écoute. Mais en réécoutant la galette de pile poile trois quarts d’heure, on se rend compte assez vite qu’on se rapproche très très fort, sans l’atteindre cependant, du chef-d’œuvre de 1988: Daydream Nation, qui a dû être réédité en 1994 et en 2007. Les voix sont lancinantes, les fameuses guitares préparées se trainent en longueur, jusqu’à des montées en puissances phénoménales sur certaines pistes et je me souviens que l’ensemble a constitué une très bonne ambiance musicale lors de la lecture du Second Livre de la Jungle de Kipling (Aujourd’hui encore, l’ensemble est indissociable dans mon esprit). Sonic Youth a sorti plusieurs album depuis. Sonic Nurse en 2004, qui n’apparait que comme une suite un peu décevante à Murray Street dans sa composition et Rather Ripped en 2006, qui n’arrive pas à faire son chemin jusqu’à ce top 10. Le seul qui aurait peut être pu y avoir sa place est The Eternal (2009) mais à l’heure où j’écris ces lignes, le vinyle que j’ai commandé trace encore sa route entre les différents grossistes, importateurs, et mon revendeur, ce qui fait que je ne l’ai pas encore écouté. En tout cas, ce disque constitue une merveilleuse introduction au monde déjanté de Sonic Youth qui sont, faut-il le rappeler, les mecs qui ont placé Nirvana sur le devant de la scène.

5. Mutter (Rammstein)

Sorti en 2001, Mutter est le troisième album du groupe allemand, et sans aucun doute, le meilleur. Pour la petite histoire, Mutter, c’est l’album qui m’a converti à Rammstein  mais aussi au métal (bon, okay, avec le S&M de Metallica aussi, mais surtout Mutter). Cet album est une pure merveille. Avec lui, le groupe atteint une certaine maturité. Comme toujours, les textes sont à double, voire à triple sens (oui, je comprends le teuton et les paroles de Rammstein, forcément, une prof d’allemand fan du groupe, ça aide), mais gagnent en subtilité et en profondeur par rapport aux premiers albums, commençant à s’inspirer de Goethe, ce qui sera confirmé par l’album suivant, Reise Reise. La musique elle aussi se fait plus subtile sur certaines pistes tout en sachant garder cette belle dose de bourrinisme aveugle qui est la marque de fabrique du groupe, notamment sur Links 2 3 4, sur Feueur Frei ! ou encore sur Zwitter, chansons qui, à l’exception de la première, voulue par le groupe comme une réponse définitive à ceux qui l’accusaient de néo-nazisme, ne sont pas particulièrement subtiles ni dans le texte ni dans la musique. Mutter est un monument de musique en général et de musique industrielle en particulier, un album que je considère comme particulièrement indispensable dès qu’on apprécie un tant soit peu les guitares grasses enrichies à l’huile de moteur high viscosity du groupe et la voix caverneuse de Till Lindemann, le chanteur et principal auteur du groupe.

4. St. Elsewhere (Gnarls Barkley)

Souvenez vous en 2006, un groupe dont on n’avait jamais entendu parler avant débarque avec son single Crazy et casse la baraque, la démolissant brique par brique avant de la reconstruire à sa convenance. La coalition du Producteur Danger Mouse et du chanteur Cee-Lo Green à la voix soul, funky, d’une chaleur inimitable. Alors que le groupe ne s’attendait qu’à un maigre succès, l’album atteint la première place des charts britanniques avant même sa sortie dans les bacs grâce à la pré-release sur internet. Toutefois, les ventes ne sont pas nécessairement un indicateur de qualité. L’album en lui même est un grand moment de soul mêlé de hip-hop et de funk, le tout savamment dosé à coup de console de mixage électronique, pour finalement aboutir à ce que l’on connait: St. Elsewhere. L’album est une petite révolution dans le monde de la Black Music et on le comprend assez facilement. La qualité de la production est nickel, les paroles et les clips psychédéliques à souhait et le succès, tant critique que commercial, indéniable.

3. Bleu Pétrole (Alain Bashung)

Le regretté Alain n’aura pas tellement eu le temps de profiter de cet album. Atteint d’un cancer du poumon pendant l’enregistrement, il décèdera presque un an, jour pour jour, après la sortie de Bleu Pétrole (Sorti le 24 mars 2008, Bashung meurt le 14 mars 2009). On se souvient de Fantaisie Militaire en 1998, un véritable condensé de musique et de texte d’une poésie confinant à l’absurde et au jeu de mot, et bien Bleu Pétrole, dix ans après, réédite l’exploit. Bashung revient avec ce mélange de pop-rock et de chanson française à texte qui avait fait son succès dans les années 90’s, notamment avec le merveilleux Chatterton, s’offrant les services d’auteurs et de musiciens tels que Gaétan Roussel (Louise Attaque, Tarmac) ou encore Gérard Manset. Avec cet album, Bashung est parti sur un coup d’éclat, nous abandonnant, presque sournoisement, comme une mauvaise blague faite à ses fans: les forcer à attendre pour l’éternité un successeur à cette galette exceptionnelle à tous points de vue. Allez, so long Alain, et s’il y a un delà, j’espère que de là bas tu nous vois désespérer et que ça te fait bien marrer.

2. Discovery (Daft Punk)

Ben ouais, je fais rien qu’à copier sur l’Arabe. Mais il a drôlement raison. Sorti en 2001 (putain, ça fait déjà neuf ans) Discovery est un des grands albums de cette décennie. À l’époque j’étais en cinquième, et plutôt asocial, je n’ai donc pas connu ce dont il parle en disant qu’on a tous dansé sur au moins un des morceaux de l’album. Par contre, il a raison, on connait tous toutes les chansons de l’album. Il a raison encore quand il dit qu’il y a eu un avant et un après Daft Punk. Moi l’avant, c’est quand j’avais rejeté le rap en bloc et ne jurait que par le rock et encore, même pas des trucs récents. Mon univers c’était Téléphone, Trust et, euh… pas grand chose d’autre. Après Discovery, j’ai eu ma première ouverture, je me suis un peu élargi à tout ce qui était électronique. Et quand j’y pense, il a raison ce gros connard, j’ai dansé sur du Daft Punk. Ben ouais, dix ans après, on a tellement pas fait mieux que ça passe régulièrement en boite ce machin là. Discovery c’est un concept album superbement ficelé avec en plus le film qui va bien avec et dont on a tous vu au moins des extraits.

Si vous êtes arrivés jusqu’ici et que vous vous êtes farci tout mon blabla incessant et inconsidéré, voire même péremptoire, chapeau à vous, je ne vous fait pas attendre plus longtemps, et je vous offre le Number Ouane, le champion toute catégorie, j’ai nommé le meilleur album de la décennie 00’s. Et sans grande surprise quand on me connait, le gagnant est…

Orphans: Brawlers, Bawlers & Bastards (Tom Waits)

À l’époque, parmi les premiers articles du chapitre 3, j’avais honteusement pompé une chronique des inrockuptibles (oui, je lisais ce torchon en ce temps là, et j’en lisais d’autres que si je vous disais les noms, vous me retireriez toute crédibilité pour parler culture en général et musique en particulier) que j’avais reproduit dans le blog (sans avoir pour autant le culot de m’en approprier la paternité) et que vous pouvez (re)lire si ça vous chante. Orphans, c’est trois disques intitulés (on n’avait pas deviné) Brawlers (bagarreurs), Bawlers (brailleurs) et enfin, Bastards. Orphans c’est 56 chansons. Sorti en 2006, il a été réédité en 2009 au format vinyle dans un coffret contenant pas moins de sept disques 33 RPM (six pour l’album original, et un en bonus) que vous pouvez acheter ici pour l’exorbitante somme de £ 109.00 (pour mémoire, le CD ne m’a pas couté plus de 25€).

Orphans, c’est un voyage à travers la chanson américaine et les trois disques sont à peine suffisants pour capturer l’incroyable diversité et la puissance surhumaine de la voix du Tom Waits de ces vingt dernières années. Contrairement à ce que peut annoncer le volume de la bête, il ne s’agit en aucune façon d’un best-of et toutes les chansons sont inédites, même si certaines ont été enregistrées il y a de ça bien longtemps et laissées de côté depuis. Chacun des trois disques propose une ambiance différente, ils ont été montés et mixés indépendamment et auraient sans problème sortir indépendamment, ça n’aurait choqué personne tant leur hétérogénéité est grande. Une preuve de plus s’il en faut, que Tom Waits ne se fout pas de la gueule de ses fans quand on sait que le prix payé pour ce coffret (au moins dans son édition de base) est inférieur à celui de deux albums classés « nouveautés ».

Brawlers c’est un album musclé, avec la voix de Tom Waits presque en arrière plan, et comme beuglée dans un mégaphone à dix mètres du micro. L’alcool et le tabac qui l’ont ravagée font payer un lourd tribut à celui qui a commencé plutôt comme Crooner, mais lui s’en sert comme d’une grande force plutôt que comme d’une faiblesse. On retrouve beaucoup de ce qui avait fait le succès, en 1999 de Mule Variations. On y trouvera entre autres The Return of Jackie & Judy, une reprise des Ramones qui n’a rien à envier à l’originale, et aurait même plutôt tendance à la faire passer pour une chorale d’enfants de chœurs, ou encore une reprise torturée de Sea of Love, un vieux classique de 1959 dont l’original est de Phil Phillips, originellement enregistrée pour la bande originale du film éponyme en 1989.

Bawlers est un album plus doux, rempli de balades diverses et variées. La voix de vieux rocker alcoolique se transforme alors en une version douce d’une voix de vieux grand père fatigué qui chanterait son amour à sa femme. À l’exception de Little Drop of Poison qu’on retrouve dans Shrek 2 (tiens, à nouveau), l’ensemble est d’une douceur sans égale

Bastards enfin est un peu un fourre-tout pour tout ce qui n’avait pas sa place ailleurs, ce que laisse présager le titres: « bâtards ». On trouvera entre autres des petites histoires parlées, des chansons étranges sur l’air de Comme d’habitude et d’autres bizarreries du genre

Voilà, c’était mon Top 10. Pour mémoire je vous le recopie ici:

  1. Tom Waits – Orphans: Brawlers, Bawlers & Bastards
  2. Daft Punk – Discovery
  3. Alain Bashung – Bleu Pétrole
  4. Gnarls Barkley – St. Elsewhere
  5. Rammstein – Mutter
  6. Sonic Youth – Murray Street
  7. Birdy Nam Nam – Birdy Nam Nam
  8. Imogen Heap – Speak For Yourself
  9. Houdini Roadshow – Down In The City
  10. A Perfect Circle – Mer de Noms

Quelque chose à dire ? Un point de désaccord ? Ouvre ta grande gueule dans la boite à commentaire, ça fera monter mon pagerank et on pourra discuter


2 responses to “Le Top de la Décennie

  • Unenlagia

    YEAAAAAH !!! A PERFECT CIRCLE !!!

    Mais sérieux, t’aurais aussi pu être eMOTIVE et Thirteen Step dans le classement !

    • Tonio...ReinesHerz

      Ben perso, je trouve que Mer de Noms est mieux que eMOTIVe ou Thirteen Step d’une part, et que d’autre part, tous les autres albums de ce classement sont mieux que ces deux là, ceci expliquant leur absence. Mais j’avoue, ils sont pas trop mauvais :-)

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