Avant toute chose, pardon pour le mauvais jeu de mot.
Je n’ai jamais caché mes sympathies communistes (euphémisme: j’ai un portrait géant de Staline au dessus de mon lit), mais j’ai envisagé, le temps d’un instant, de tomber dans le piège du vote utile. Le vote utile cet argument fallacieux avancé par le PS, qui consiste à dire que les votes de la gauche ne doivent pas s’éparpiller comme en 2002, pour éviter à nouveau que l’extrême droite se retrouve au second tour de notre présidentielle.
Le vote utile est donc un déni de démocratie, annihilant le débat d’idées pour le remplacer par un “c’est nous les plus forts à gauche, il faut voter pour nous, point”. Malgré mon mépris pour ce genre de débat, j’ai envisagé le vote utile, parce que je me rappelais de 2002, quand j’ai vu apparaitre, horrifié, avec toute ma famille, la tête de Jean-Marie Le Pen à vingt heures, ce 21 avril. A l’époque, j’avais 13 ans, trop jeune pour voter, pas assez pour ne pas m’en souvenir 5 ans plus tard en 2007. J’avais donc voté, la mort dans l’âme, pour Ségolène Royal (je mens: à l’époque je n’étais pas assez formé politiquement, et encore très bipolaire, pour m’en rendre compte).
Cette année, j’étais bien décidé à ne pas me laisser avoir cependant. J’ai un parti qui reprend du poil de la bête (le PCF), qui s’est choisi un candidat charismatique (Jean-Luc Mélenchon), capable de nous emmener très loin avec le Front de Gauche, même si je n’adhère pas intégralement à ses idées. Keuwah ? Un vote sans adhésion d’idées ? Oui et non. Oui, parce que Mélenchon n’est pas communiste et que dans l’idéal, j’aurais préféré un candidat communiste. Mais non, parce que c’est le candidat que nous, militants communistes, nous sommes choisi pour nous représenter, parce qu’il est le plus proche de nos idées, parce qu’il porte beaucoup de nos revendications, parce qu’il est le seul à vouloir défendre une idée socialiste de la France (rappelons que le communisme ne s’instaure pas, il est un but lointain et flou que même Marx et Lénine ne savent pas définir concrètement, et qui s’atteint petit à petit, en modifiant progressivement un système socialiste). Mais assez d’encenser Mélenchon (surtout après l’avoir descendu en flammes il y a un peu plus d’un an), on n’est pas là pour parler de ça.
Non, on est là pour parler de ce vote utile qu’on nous vend depuis le début de la campagne, et par lequel bon nombre de personnes peu ou pas formées politiquement vont se faire avoir.
Mais il y a autre chose. Jusqu’à peu, Marine Le Pen était bien placée dans les sondages. Très bien placée. Et surtout, en quatrième place, on retrouvait François Bayrou. L’appel au vote utile, s’il n’était pas légitime, était au moins compréhensible, parce qu’alors, l’absence de François Hollande au second tour signifiait la présence de Marine Le Pen, mais la popularité de Nicolas Sarkozy à droite aurait aussi pu signifier un second tour Hollande/Le Pen, moins probable, mais envisageable. Mais depuis quelques jours, une ou deux semaines, Mélenchon monte, monte, monte, très vite, presque en exponentielle, et les derniers sondage le donnent devant Marine Le Pen, ou dans le pire des cas, au coude à coude avec elle. Mélenchon n’est donc, conséquence logique, plus une menace pour la présence d’un candidat de gauche au second tour (même si, personnellement, j’ai du mal à considérer Hollande comme un candidat de gauche). Parce qu’avec Mélenchon en troisième homme, le pire scénario possible pour la gauche, c’est un second tour Hollande/Sarkozy.
Malgré cela, les candidats de gauche s’obstinent à lui taper dessus, notamment chez EELV (quoiqu’avec les dernières déclarations de Duflot et Cohn-Bendit sur la privatisation des services publics, comme la SNCF, on peut difficilement voir les Verts comme un parti classé à gauche). Le PS continue de jouer la carte du vote utile, prouvant qu’avec celle-ci, il n’a rien de plus à offrir qu’un grand foutage de gueule général.
Alors pitié, votez qui vous voulez, mais ne votez pas utile.