Archives mensuelles : mai 2011

Pensée Unique, ou chronique d’un cours d’économie

Lecteur, tu le sais, tu l’ignores, ou tu n’en as simplement rien à foutre, mais c’est un fait, je suis étudiant en langues étrangères appliquées (lesquelles, c’est secondaire pour le moment). Et il est un cours en Licence LEA auquel on ne peut malheureusement (parce que ça n’est vraiment pas le plus intéressant) pas couper: l’économie.

Avant de nous mener dans le cœur du sujet et de nous apprendre à diriger, d’un point de vue économique, ceux qui dirigent le monde, on nous a quand même fait un petit topo sur les grands courants de la pensée économique, et les principaux noms à retenir avec Adam Smith et David Ricardo (entre autres) pour l’école libérale classique, avec Karl Marx pour (sans blague ?) le Marxisme et avec aussi John Keynes pour ce qu’on appelle maintenant le keynesianisme (avec toute ses variations).

Et dans ce topo lecteur, les paragraphes sur le Marxisme m’ont posé un petit problème.

Les thèses de Marx y sont présentées (comme celles de Smith ou de Keynes) de façon succinctes mais correcte. On nous y explique (entre autres) rapidement le concept de plus-value et en quoi d’après Marx cette plus-value est problématique. Mais ça n’est pas là qu’est le problème. Le problème, il est plutôt là, dans le paragraphe intitulé Les limites du capitalisme.

La prédiction de Marx d’une disparition inévitable du capitalisme ne s’est pas réalisée. Certains interprètent alors de façon moins radicale la doctrine marxiste, d’autres expliquent la durée du capitalisme par l’impérialisme.

[...Explication de ce qu'est l'impérialisme et comment il sauvegarde le capitalisme selon les thèses communistes modernes...]

Okay, donc on a un souci là. Prédiction ? Non réalisée ? Interprétation moins radicale ?

Alors bien sûr je suis communiste, et mon regard sur ce cours est partisan, mais… Mais en fait, on a un exemple parfait de ce que l’organisation dont je fais partie dénonce, ce que nous appelons le discours unique. Qu’est-ce que c’est ? En gros, c’est un reproche que nous faisons à l’école et aux médias français de faire preuve d’anti-communisme primaire et d’enseigner les sciences humaines de façon partisane. Du côté des médias, le reproche n’est qu’un demi-reproche puisque les medias en France sont majoritairement privés et sont là pour diffuser le message que l’actionnaire met dedans. Ça porte donc plus sur leur nature même que sur leur façon de fonctionner.

Du côté de l’école (au sens large) française, c’est bien plus problématique, puisqu’on ne laisse pas la place au libre arbitre de l’étudiant. Un exemple concret, les programmes d’Histoire du lycée. On nous y raconte que le Goulag soviétique par exemple, est le pendant des camps d’extermination des nazis et on nous raconte qu’ils ont fait encore plus de morts que ceux des nazis. C’est faux. Sans vouloir défendre le système du Goulag, il n’a rien de commun avec les camps d’extermination nazis. On n’allait pas au Goulag parce qu’on était juif par exemple. Ou homosexuel. Ou gitan. Les peines prononcées étaient très lourdes et les conditions de vie si dures qu’on n’en revenait pas souvent, mais quand on allait au Goulag, on n’y était pas envoyé pour y mourir. “Juste” pour s’y faire casser, la mort étant un “accident” (le guillements sont ici de mise) de parcours courant, voire recherché dans le cas des peines les plus lourdes et des destinations les plus dures. Mais on n’y était envoyé que pour motif politique ou de droit commun, pas ethnique. Et puis sur le nombre de mort, ce qu’on oublie de vous dire, c’est qu’en fait, il compte le nombre de mort “du fait du régime soviétique” ce qui est assez traitre. Parce que le régime soviétique a été en guerre civile de 1917 à 1923 d’une part, et qu’il y a eu, au hasard, la seconde guerre mondiale qui n’a pas été très tendre non plus, ni à l’Ouest contre les Allemands, ni à l’Est contre les Japonais. Un peu comme si, pour reprendre l’analogie avec les nazis, on comptait tous les soldats de la SS, de la Wehrmacht, de la Kriegsmarine et de la Luftwaffe morts pendant la seconde guerre mondiale, comme des victimes des camps d’extermination des nazis. Heu… ça va cinq minutes là ? Cet exemple est très réducteur et n’est pas le seul. Un autre au hasard. On nous présente volontiers les soviétiques comme des totalitaires assoifés de sang, et les américains et leurs copains du bloc de l’Ouest comme les ardents défenseurs de la démocratie. Admettons. Quid des dictatures fascistes implantées en amérique latine par la CIA avec des fonds, souvent publics, américains ? Quid de la dictature implantée au Sud-Vietnam pour faire face à la montée des sympathies communistes dans la population (pas les élites, la population, celle qui est censée gouverner dans la démocratie) ? Quid de l’occupation illégale de Cuba et des tentatives pour renverser Castro, arrivé là par une révolte populaire ? Quid des prisonniers politiques dans les prisons américaines (qui, comme les détenus politiques du monde entiers, sont détenus sous de faux prétextes) ? Passés sous silence. C’est ça le discours unique à l’école, au lycée et à l’université française.

Dans le cas qui nous intéresse à la base (mon cours d’économie, tu suis ou bien ?), ce qui me gène n’est pas tant la criminalisation mensongère que la falsification du discours économique. Certes, les thèses de Marx sont décrites honnêtement, mais ce qui me gène, c’est leur présentation et le choix des mots. Prédiction plutôt que prévision par exemple. Le terme de prévision indique par exemple que celui qui la fait est conscient de n’avoir qu’une partie du problème en main d’une part, et de ne pas être capable de connaitre le futur dans son intégralité. Celui de prédiction indique que celui qui la fait est au choix, un voyant, un prophète, ou bien un dangereux allumé. La phrase suivante qui parle d’interpréter le marxisme moins radicalement donne clairement la réponse sur lequel des trois est Karl Marx. Mais corrigeons cela de nous même et parlons de prévision. le cours oublie de nous dire plusieurs chose. Que premièrement, l’Histoire du capitalisme est en train d’être écrite, que le livre n’est pas refermé, et que l’effondrement prévu par Marx n’est pas “pas survenu” mais plutôt “pas encore survenu”. Et deuxièmement, il oublie de nous dire que si cet effondrement n’est pas encore survenu, il a été très proche à plusieurs reprises, notamment (mais pas que) à la fin des années 1920 et à la fin des années 2000, et que s’il n’est pas survenu à ces occasions, c’est principalement parce que le système a subi un sauvetage in extremis. Dans les années 1920, c’était le keynesianisme avec les grands travaux d’État qui ont permis de relancer l’économie (et aussi la seconde guerre mondiale et sa demande en armement qui pointait son nez), ainsi que le fait que la crise a été cristalisée sur l’Allemagne. Dans les années 2000, c’était l’injection massive de fonds publics dans les capitaux privés (les banques) sans contrepartie aucune (les capitalistes foutent la merde, le peuple paie, normal quoi), ainsi que la cristalisation (encore et toujours) de la crise sur les pays les plus démunis. Et dans ces deux cas, il est permis de se demander (sans non plus écrire une uchronie) si l’échec de ces sauvetages n’aurait pas mené à une révolution socialiste comme en Russie en 1917. C’est d’ailleurs ce qui se passe (la violence en moins) en Islande depuis fin 2008. Mais on n’en entend pas tellement parler. Moins que de la grossess” de Carla Bruni en tout cas. C’est pourtant plus important, non ?

Encore une fois, venant de medias privés, ce regard partisan n’est pas si choquant. Mais venant de l’autorité publique censée instruire les masses ? Présenter ainsi en toute partialité en se cachant sous le masque de l’Histoire (qui au passage, n’est écrite que par les vainqueurs, trouvez moi un texte historique qui fasse autorité sur la guerre des Gaules et qui n’ait pas été écrit par les romains) et en biaisant le point de vue politique de la jeunesse, je trouve ça relativement scandaleux. Quoique compréhensible. Si, en criminalisant ainsi le socialisme, on trouve encore des socialistes (des vrais, pas les social-démocrates du PS), on peut légitimement se demander ce qu’il en serait en présentant honnêtement le socialisme sans le comparer au nazisme.


De l’utilité des panneaux d’avertissements pour radars automatiques…

Si t’as pas envie de lire, épargne toi cette peine, ma conclusion est la suivante: elle est nulle.

Bon, ça, c’est fait, passons au développement du raisonnement. Depuis quelque temps, l’État parle de supprimer les panneaux de ce type le long des routes de France. Et l’a fait.

Personnellement, je pense qu’on ne peut que s’en féliciter. La plupart des critiques allant dans ce sens tient au fait que l’État a décidé de criminaliser les usagers de la route et de les transformer en vache à lait. Ben il serait temps ! Je ne suis habituellement pas un grand fanatique de la répression, à quelque niveau que ce soit mais là où la prévention a échoué à empêcher le délit (c’est confus, je sais), il faut réprimer. De façon adéquate et en évitant toute disproportion, certes, mais il faut réprimer néanmoins. La répression jouant ainsi le rôle d’une épée de damoclès et d’une façon secondaire, et pas toujours évidente, un rôle de prévention de la récidive.

Ainsi, dans le cas des sanctions pour les infractions au code de la route, si la prévention a échoué à te sensibiliser à la sécurité routière, la peur de l’amende ou de la perte de l’outil de travail te fera peut être prendre conscience que le code de la route, c’est pas pour les chiens.

Donc, le code de la route, on le respecte, et dès qu’on prend la bagnole, on sait qu’on risque de se faire contrôler pour raisons diverses et qu’une infraction se sanctionne. Tu n’es donc pas une vache à lait automobiliste chéri, pas tant que tu respectes ce code de la route. La seule critique au niveau de la politique de sécurité routière de l’État que je trouverais admissible en l’État, est celle du positionnement des radars, qui sont, il est vrai, plus souvent positionnés là où ils sont rentables que là où ils sont utiles. Il n’empêche, et je vais marteler cet argument à nouveau, que si tu respectes le code de la route, et donc les limitations de vitesse, tu n’as rien à craindre des radars, où qu’ils soient, et ce, avec ou sans signalisation préventive.

Le problème principal de cette signalisation est qu’elle encourage indirectement les excès de vitesses: si les conducteurs respectueux des limitations ne tombent pas dans ce travers, les amis du champignons, eux, savent ainsi où accélerer; le problème étant que ces derniers ne sont pas toujours les meilleurs conducteurs.

On nous dit aussi que regarder le compteur et la route en même temps est impossible. Admettons. Regarder son compteur ne prend cependant pas plus d’une seconde. Comme pour regarder dans un rétroviseur en fait. Et puis une fois accoutumé à sa voiture, en gros, une fois le rôdage passé, on doit quand même être capable d’estimer sa vitesse à quelques kilomètres par heure près rien qu’au bruit du moteur. La vitesse de défilement de la route devant être d’une aide certaine. Personnellement je ne suis même pas conducteur, et j’y arrive quand je voyage dans la voiture de mon père. Ça ne doit pas être si difficile que ça bordel de bite, si ?

Mais le plus drôle, c’est que de nombreux députés (de droite, presque tous) s’insurgent contre cette décision. Pas parce qu’elle serait superflue non. Leur argumentaire dit clairement qu’elle est impopulaire et que donc il faut pas. C’est interdit. C’est la droite populiste populaire ça.


Fuir la flamme olympique…

Une citation d’Alan Sillitoe que j’avais lue dans la préface de The Loneliness of the Long Distance Runner, qui m’avait marqué suffisamment pour m’imprégner mais pas assez pour s’imprimer dans ma mémoire. Après un an et demi de recherches pas du tout assidues je l’ai enfin retrouvée…

I have never practised any kind of sport. It has always seemed to me that sport only serves to enslave the mind and to enslave the body. It is the main “civilising” weapon of the western world ethos, a way of enforcing collective discipline, which no self respecting savage like myself could ever take to. Society was built on “competition,” and “sport” is a preliminary to this society and an accompaniment to it. It is a sort of training ground for entering into the war of life. The Olympic torch is a flame of enslavement—run from it as fast as you can, and that in itself will give you plenty of exercise.

Je n’ai jamais pratiqué aucun sport d’aucune sorte. Il m’a toujours semblé que le sport ne sert qu’à abrutir l’esprit et à asservir le corps. C’est la principale et géniale arme de “civilisation” du monde occidental, un moyen d’imposer une discipline collective que ni moi, ni aucun sauvage qui se respecte ne pourrait accepter. La société est construite sur la “compétition” et le “sport” est un préliminaire et un compagnon de cette société. C’est une sorte de camp d’entrainement à la guerre de la vie. La flamme Olympique est une flamme d’endoctrinement. Fuyez la ausi vite que vous le pouvez, et cette fuite en elle même sera un exercice physique largement satisfaisant.

Alan Sillitoe, in Sport and Nationalism


Sacré Charles

Charles Pasqua, pas Charlemagne.

Donc sur France 5, sur le plateau de C à dire, Pasqua nous sors la perle suivante: “Il ne faut pas se leurrer: la mort de Ben Laden ne résout rien. Rappelez vous du temps que l’on a mis à éliminer Che Guevara. Il a été éliminé il y a vingt ans, et aujourd’hui quels sont les résultats ? La plupart des pays d’Amérique Latine ont des gouvernements gauchistes ou révolutionnaires.”

Bon, premièrement et très rapidement, rappel très succinct d’histoire: Ernesto Guevara n’a pas été éliminé il y a vingt ans (1991) mais plutôt il y a quarante-quatre ans (il a été exécuté en 1967).

Bon ensuite on va passer dans le fond des choses. Même si je suis marxiste à tendance révolutionnaire, diverses raisons font que je ne suis pas un grand fana du Che. Mais enfin, comparer Guevara avec Ben Laden, il faut une sacré paire de couilles. Okay, les deux n’étaient pas des anges (pour info, Guevara a été procureur d’un tribunal révolutionnaire, et a participé à de nombreuses exécutions sommaires avant de se faire lui-même descendre sans sommation par l’armée bolivienne) mais enfin, l’un est quand même un chevalier de l’obscurantisme alors que l’autre est un défenseur de la liberté (oui, oui, de la liberté, vous savez contre quel type de régimes il luttait Guevara ?).

Mais ensuite, considérer que les gouvernements gauchistes d’Amérique Latine sont l’héritage de Guevara et des ses guerillas c’est un peu oublier des pans entiers de l’histoire. Les gouvernements gauchistes d’Amérique du Sud utilisent certes l’image du Che, mais ils doivent surtout leur existence à toutes les dictatures fascistes (Pinochet, Videla, Stroessner, Geisel, Banzer, Bordaberry…) qui ont essaimé avant eux, principalement soutenues par la CIA (les grands défenseurs de la libertés) et qui, en tentant d’exterminer le marxisme et les idéaux de gauche, ont en fait tout fait pour leur permettre de survivre et de ressurgir au moment opportun.

Donc Charles, soit gentil, ta propagande fasciste, garde la pour toi mon petit…


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