Un billet violent, aux illustration très très chaudes. Mineurs go home.
Pense à lire ce billet jusqu’au bout si tu le démarres, j’y ai ajouté un petit édito.
Tu les vois dans les magazines. Elles s’appellent Luisell Ramos ou Ana Carolina Reston et elles sont les modèles des filles d’aujourd’hui.
Elles se laissent crever de faim parce qu’aujourd’hui, dans Elle, dans Biba, dans Vogue dans tous les magazines féminins, en dehors d’essayer de t’apprendre à maîtriser ton orgasme, on ne fait que te vendre des crèmes amincissantes, des coupes faim ou des régimes Weight Watchers.
En fait, on ne te dit qu’une seule chose: si tu ne rentre pas dans un slim taille 34, tu n’es qu’une grosse vache. Une grosse vache oui, un déchet, un rebut dont personne ne voudra jamais. Une aberration de l’humanité qui finira ses jours comme elle le mérite: seule, le vagin asséché, vierge, momifié comme du vieux carton.
Mais pendant que des vieux libidineux essaient de t’apprendre ce qu’est la beauté sous prétexte qu’ils ont un pique-épingle sur le bras, toi, tu crèves.
Toi tu crèves. Ana-Carolina crève. Luisell crève. Isabelle Caro crève. Solenn Poivre d’Arvor crève. Vous en crevez toutes de vos trente-cinq kilos pour un mètre soixante-dix.
T’en crèves de tes 120 kcal par jour. T’en crèves parce que pour vivre, il t’en faut au moins 2000. Au moins 20 fois plus.
Et puis quand tu ne t’affames pas, tu te fais vomir. Parce que t’es tellement sexy avec les doigts au fond de la gorge, à genoux devant tes chiottes, la tête au dessus de la cuvette. Tellement sexy qu’aucun homme n’a jamais essayé de te prendre en levrette pendant que tu le faisais.
Mais elles, il leur suffit d’un regard, d’une main glissée sur la jupe, qui saisit entre deux doigts le vêtement à l’endroit où il laisse la place à la peau de la cuisse et leur homme devient fou. Il s’agenouille devant leur antre et il les fait jouir, dans la cuisine, pendant qu’elles continuent de préparer un repas qui sera délicieux, à cause du simple goût de l’amour de la nourriture qu’on y retrouvera.
Répond moi, tu veux jouir ou tu veux maigrir ?
Addendum:
Cet article est parti en flamewar sur twitter et ailleurs, puisque Diane (qui ne la vraiment pas aimé) l’a posté sur son facebook. Je me suis fait descendre, insulté, hué, on m’a demandé en mariage (mais je crois que c’était pour rire). Bref, j’ai foutu la merde. Soyons honnêtes, si j’avais su qu’il susciterait autant de passions, j’aurais fait pire. Bien pire. Crois-moi lecteur, j’en suis capable.
Mais là n’était pas mon propos. Je ne vais pas essayer de te l’expliquer, ça n’a que peu d’intérêt. Je vais plutôt essayer, je dis bien essayer, de t’expliquer ce que n’était pas mon propos en écrivant cet article. Ça n’était pas pour troller, ou si peu. Je sais, comme je l’ai dit sur twitter, que j’ai pris mon gros camion pour défoncer le plus de portes ouvertes possibles, et c’est assumé. Mais contrairement à un billet trollesque, celui-ci est sincère. Je l’ai écrit avec mes tripes. La violence et la rage qui le teintent ne sont pas feintes et je n’en regrette pas un seul mot.
Ensuite, on m’a accusé de juger. Ça n’était pas mon propos non plus. En fait, la grosse polémique tourne autour du titre d’anorexie. On m’a accusé d’employer à tort un terme médical, psychiatrique. Alors à mon tour de répondre par la précision médicale. L’anorexie n’est pas une maladie. L’anorexie est un symptôme. C’est un symptôme qui découle du refus ou de l’incapacité du patient de s’alimenter. C’est un symptôme (mais pas le seul) d’une maladie: l’anorexie mentale dont souffraient ces filles qui j’ai cité dans mon article, mais il peut être symptôme d’autres affections, pas nécessairement psychiatriques. Alors peut-être que oui, peut être que j’ai mal choisi mon titre, peut être que j’aurais dû intituler ce billet Squelettes ou quelque chose du même goût. Mea culpa.
On m’a accusé de ne pas connaître le sujet, de généraliser abusivement, d’utiliser des raccourcis honteux. Admettons. Je mentirais en prétendant connaître à fond le problème des anorexies en général et de l’anorexie mentale en particulier. Mais malgré tout, c’est un sujet que je connais quand même un peu. Ma mère l’a été, anorexique mentale. Au point de ne plus avoir ses règles tellement la maladie la détraquait. D’où le tweet sur l’aménorhée et les règles plus tôt dans l’après midi. Et à part deux ou trois péons, qui ont essayé de se servir de ma distraction contre moi, je pense que tout le monde avait compris de quoi je parlais. Une camarade de classe l’a été, anorexique mentale. Et a fini en HP. Aujourd’hui elle va mieux. Je crois. C’est ce qui ressort du peu de nouvelle qu’on échange encore. Dire que je ne connais pas du tout le sujet serait au moins aussi faux que de dire que je le maîtrise.
Oui j’ai fait des parallèles avec ce culte de la maigreur qui règne en maître dans les magazines ‘aujourd’hui. Ou dans les catalogues de fringues. Ou dans les pubs pour yaourt. En fait, c’est surtout contre ce culte de la maigreur que je piquais un coup de gueule. Maladroit ? Je ne pense pas. Brutal. Violent peut être, mais pas maladroit. Comme je l’ai dit, cette brutalité était intentionnelle. Je suis pas là pour être gentil. Je suis pas un bisounours. Ce billet utilise la seconde personne du singulier, parce que je parle à une fille imaginaire (mais j’en connais une paire) qui veut encore maigrir plus. Et le billet il est brutal parce qu’elle m’énerve cette fille qui s’enlaidit à dessein, parce qu’elle est incapable de voir comme elle est belle. Et le billet il est pas là pour l’aider à se sentir bien dans sa peau, il est là pour lui mettre une claque, pour lui faire comprendre qu’elle est belle, même si elle rentre pas dans le pantalon de ses seize ans, et ensuite, peut être qu’elle se sentira mieux. D’où le manque d’empathie, de sympathie qu’on m’a également reproché. Mais au final, ce billet, c’est pas sur cette fille qu’il gueule, et toi, lecteur, tu le sais, dans le dedans de toi même.
26 janvier 2011 at 13:34
Excellent billet… Même l’image finale de la femme préparant le repas à son homme dans la cuisine ne m’a pas chiffonnée, parce que je comprends tout à fait la pertinence de l’analogie nourriture/plaisir/désir/sensualité dans le contexte, et vraiment, j’ai beaucoup aimé, à la fois sur le fond et la forme !
Ah, j’oubliais une précision : il me semble évident que l’anorexie ne relève pas seulement de la propagande commerciale et médiatique, et qu’elle est une maladie, grave et potentiellement fatale. Les composantes psychiatriques de cette pathologie ne peuvent donc être réduites à une conséquence de la pression des magazines.
MAIS : je considère que ce billet est volontairement rédigé sous l’angle de cette pression médiatique. C’est un coup de gueule, un refus de la norme de la minceur extrême. Il est partial, partiel, et assumé comme tel, du moins c’est ainsi que je le perçois.
Voilà pourquoi, malgré l’évidence (oui, l’anorexie est une pathologie aux causes complexes et aux conséquences graves), j’ai apprécié ce billet
26 janvier 2011 at 13:47
Merci pour ces détails. (J’ai un peu édités tes commentaires pour regrouper ça. J’ai essayé d’en conserver sinon la forme, au moins l’esprit).
Oui, comme on m’en a fait la remarque sur twitter, et de manière violente, plus violentes encore que mon texte, il est manichéen. Oui il est de parti pris, voire même pire, partiel comme tu le dis. Oui, je parle surtout sur ces filles qui deviennent anorexiques parce qu’elles sont pressurées de tous les côtés par la société et l’idée que celle-ci se fait de la beauté.
Par contre, on m’a fait la remarque que ce billet rajoute de la pression: “sois belle, sois coole, sois aimante…”
C’est pas ce qui est voulu, la seule pression que j’essaie de mettre sur ces filles c’est de leur faire prendre conscience que pour être belle, il ne faut pas maigrir, il faut avant tout se savoir belle, même en 48.
26 janvier 2011 at 13:45
@LaPeste
Je l’ai pris dans le même sens que toi (et donc j’ai RT). Le billet parle bien de comportements induits par une norme, sans pour autant dire que cette norme en est la cause exclusive, ce qui serait erroné, et n’aborde pas la questions sous l’angle de l’anorexie. Je viens d’ailleurs de le relire à tête reposée, il n’y a aucun doute sur la question.
Oui, l’anorexie est une maladie grave, mais ce n’est bien pas de ça qu’il est question ici.
26 janvier 2011 at 13:50
Bien écrit, un poil manichéen, mais j’adore les pin-ups en illustration. On va dire que ma libido a choisi son camp :)
26 janvier 2011 at 13:52
C’est malin.
26 janvier 2011 at 14:14
Vous êtes totalement à coté de la plaque… L’image des femmes dans la presse est juste un facteur déclenchant (et ça n’est pas le seul), les racines de la maladie sont beaucoup plus profondes, le plus souvent dans la petite enfance et les rapports enfant/parent.
Ce ne sont pas les ressources qui manquent sur le Net, le blog d’Isabelle Caro est encore en ligne, ou d’autres du même genre, jetez-y un oeil et voyez si vous y trouvez un quelconque rapport avec les causes que vous supposez.
26 janvier 2011 at 18:12
Au moins il ne laisse pas indifférent! Moi j’aime bien quand la pensée est dérangée ;)
26 janvier 2011 at 18:16
A côté de la plaque ? Peut-être, mais pile sur la plaque d’à côté alors.
L’anorexie existe partout, tout le temps, quelque soit le modèle de beauté en vigueur ? J’ai quelques doutes, ne serait-ce que parce qu’il s’agit surtout d’une maladie de pays riches, ce qui ne veut pas dire que la souffrance de ces femmes n’est pas réelle et ne mérite pas d’être prise en compte et soulagée, autant que possible.
Mais en effet, ce billet (me) parle moins d’anorexie que d’un rapport malsain à la maigreur, à nos corps de femmes sommés de correspondre à des critères irréalistes (pour 98% d’entre nous : maigres mais quand même pulpeuses) et culpabilisants. Un seul (type de) corps est le beau corps, les autres doivent être corrigés, rectifiés, amaigris, musclés, pour s’en approcher le plus possible.
Cela vaut surtout pour les femmes, mais c’est également de plus en plus vrai pour les hommes d’ailleurs. Et nous le croyons. Nous essayons de dresser nos corps, et nous ne les aimons plus. Nous les regardons depuis le miroir, comme extérieurs à nous, comme des défis à relever, des objets à réparer. Des choses.
Alors qu’une définition de la beauté est d’être pleinement son corps, non ?
Ce billet, il m’a fait penser au bouquin d’Eve Ensler, “Un corps parfait”. Maladroit, peut-être. Un coup de poing là où ça fait mal, est-ce que ça a besoin d’être adroit ?
(Désolée pour le commentaire fleuve, et merci de ce billet)
26 janvier 2011 at 18:17
L’anorexie est bien une maladie de pays riches, mais ça n’est pas pour autant que sa cause est l’image idéalisée de la femme dans la presse grand public.
26 janvier 2011 at 18:26
Ça n’est sûrement pas la seule cause de l’anorexie mentale, ni la principale. Prétendre que ça n’a aucune influence tient au mieux de l’illusion, au pire du mensonge.
26 janvier 2011 at 18:35
Oui ça a une influence, en tant que facteur déclencheur. Mais la cause qui peut pousser une fille à ne plus manger jusqu’à en mourir n’est pas quelque chose d’aussi futile que l’image de jolies filles sur papier glacé. C’est comme croire que les jeux vidéos violents poussent les gamins à prendre de vraies armes pour buter leur copains de classe.
Par ailleurs, concernant le coté thérapeutique de ton article, l’intention est louable mais très maladroite. Comme tu le dis, c’est écrit pour sortir ta rage, mais si tu veux l’aider il faudra t’y prendre autrement.
26 janvier 2011 at 18:31
sur twitter c’est trop compliqué.
1. tu dénonces les mags féminins et tu fais comme eux ; coller des gonzesses a poil de partout. passons sur l’image machiste debile de fin de texte.
2. si ton but est d’aider une de tes copines ; permets moi de te dire qu’elle risque juste de penser que tu la vois comme les demoiselles du dessus.. ca va juste l’inciter à encore moins bouffer. Quant à la comparer avec des anorexiques lourdes qui n’ont pu guérir.. encore une fois.. bravo la psychologie.
3. comme le souligne Guillaume Laurent, l’anorexie prend corps ds la petite enfance. penses tu que pour des filles comme Caro ou PDA, la question du sexe se posait ? ou de maigrir ?
enfin – puisque ton texte concerne apparemment la pression des magazines – mais que crois tu que tu fais exactement avec tes photos ?
celle ci : http://considerationssansimportance.files.wordpress.com/2011/01/tumblr_leld86rbnh1qekfzjo1_500.jpg
ne colle pas un chouia de pression à toutes les nanas ?
“et combien je dois faire de gym pour avoir son cul” “et j’ai pas sa bouche vite du botox” etc etc.
encore une fois tu imposes une norme.
c’est exactement comme si tu prétendais qu’un jeu type GTA pousse les gens à tuer, ou le porno à violer.
ca peut être un vague truc parmi tant d’autres sur des personnalités déjà fragilisées.
quant à avoir une influence réelle. les anorexiques ne souhaitent pas ressembler à des filles de magazine. caro n’avait rien à voir avec un mannequin de Cosmo ou Glamour.
enfin tu prétends que l’anorexie est une maladie en expansion, j’attends des stats.
26 janvier 2011 at 19:44
26 janvier 2011 at 18:49
J’ai aimé ce billet, j’ai aimé et j’ai RT.
J’ai vu la polémique et je m’en fou. Il est bien traité ce sujet, pour moi c’est ton point de vue, ta réaction.
Peu importe le qu’on dira t’on, j’aime c’est tout.
10 février 2011 at 11:30
J’aurais tendance à croire que les personnes qui souffrent d’anorexie mentale seraient tombées dedans quelle que soit la société dans laquelle ils vivent, toutes choses étant égales par ailleurs.
Je crois aussi que l’omniprésence de la minceur/maigreur/perfection physique devient facilement une source de soucis “mineurs” pour une palette beaucoup plus large d’individus persuadés qu’ils seraient mieux acceptés /aimés/considérés s’ils étaient “plus beaux”, enfin surtout plus proches des canons de beauté en vigueur. Cela n’est pas nouveau (rappel des blondes plantureuses du XVIIe, par exemple) mais cela prend une ampleur incroyable dans une société où:
1/ on considère que tout le monde doit et est capable de “se prendre en main” pour parvenir à l’idéal physique grâce aux merveilleux produits qui sortent tous les jours
2/ la nourriture est soit sacralisée, pesée, quantifiée et qualifiée, soit secondaire façon fast food. Aucune de ces options ne mettent le goût et le plaisir en avant, cela n’aide pas à avoir un rapport sain avec, même pour les personnes ne souffrant pas d’anorexie mentale
3/ nous sommes constamment environnés d’images qui induisent une fausse représentation des normes physiques, mais également amoureuses, sexuelles & Co. Difficile de laisser de la place à la connaissance de ses propres besoins et envies sans suivre les modèles pré mâchés.
Merci pour cet article qui me fait réfléchir, et bonne journée.